Compte-rendu de l’Atelier de la Pluie, « Dans les nuages », du 10 janvier 2026 . Galerie l’Art et la matière, Saint-Amand-en-Puisaye.

Les Ateliers de la Pluie ont invité, cet après-midi d’hiver, Mathieu Simonet, écrivain, inventeur de la Journée Internationale des nuages, Marine Calmet, juriste et co-directrice de l’association Wild Legal et le jardinier Gilles Clément, auteur de l’essai Nuages, à débattre sur le thème « Les nuages, zones à défendre ? ».

Sujet énigmatique ?

Le public, nombreux dans la Galerie l’Art et la Matière, a d’emblée été embarqué avec humour dans le vif du sujet, par l’introduction théâtrale de Raphaëlle Trugnan et Evelyne Fagnen, de la Compagnie L’Etoffe des Rêves, sous le titre « In cloud we trust ».

C’est à distance et par écran que Gilles Clément a ensuite ouvert le débat. Empêché d’être parmi nous car il participait le matin même à Montpellier, aux obsèques de son ami le botaniste, Francis Hallé, il nous a fait partager d’abord un hommage à cet inventeur du « Radeau des cimes », défenseur de la forêt tropicale. Puis, projection d’images à l’appui, il a guidé l’attention vers la place des nuages dans le cycle vital de l’eau et vers l’intérêt scientifique de la première nomenclature des nuages proposée par le botaniste Lamarck ; la préoccupation de fonder dans la connaissance le soin des conditions naturelles de la vie était ainsi affirmée.

Mathieu Simonet, après l’échange avec Gilles Clément, allait apporter un autre éclairage sur le sujet du jour. C’est en avocat qu’il a lancé sa défense des nuages contre les pratiques insuffisamment encadrées de leur ensemencement à des fins militaires ou agricoles. Créateur de la Journée Internationale des nuages en 2022, convaincu de la force des actions collectives par l’écriture, il a promu une « pétition poétique » de défense des nuages qui a déjà produit des effets d’interpellation des consciences et des institutions à l’échelle internationale. Il reste matière à agir puisque la France n’a pas encore rejoint les 50 signataires de la Convention de l’ONU contre l’ensemencement artificiel des nuages.

https://museedesnuages.fr/la-journee-internationale-des…/

S’ouvre alors le débat sur le sens, les conditions et la portée d’un droit des nuages, à l’instar de certains courants de l’écologie œuvrant pour la reconnaissance de droits des océans et de fleuves par exemple.

Faire inscrire les nuages au patrimoine de l’Humanité dans le cadre de l’UNESCO, la question fait discussion dans la salle et un consensus se dessine contre cette « fausse bonne » idée : les nuages ne sont pas notre patrimoine, c’est la vie dans toute sa diversité qui dépend de la pluie dispersée par les nuages.

Contre les ambitions de promouvoir un droit à l’échelle internationale, Mathieu Simonet plaide avec conviction pour des droits locaux protégeant les conditions de la vie menacées par l’exploitation capitaliste des ressources terrestres et par le bouleversement climatique qui s’ensuit.

Marine Calmet, qui a mis ses compétences d’avocate au service de la reconnaissance des droits de la nature, rejoint entièrement Mathieu Simonet sur ce sujet. Elle nous présente l’association Wild Legal qu’elle a cocréée et dirige : instrument d’action juridique qui lui a déjà permis de lutter contre des projets économiques désastreux pour le climat et les vivants, humains compris. Parmi ses terrains d’intervention : la Guyane où elle a défendu les peuples autochtones contre le projet « Montagne d’or ».

https://www.wildlegal.eu

L’échange avec Marine Calmet s’engage autour de la notion de « droits de la nature » : notion ambiguë, complexe, qu’elle aborde de manière souple et vivante, avec des exemples pris chez des peuples autochtones de Guyane, d’Inde ou de l’Equateur.

Sur quels piliers, selon Marine Calmet, fonder la défense de droits à échelle locale, afin d’améliorer nos rapports déréglés avec le milieu que nous habitons ?

• Vivre de la nature en gérant avec mesure ses ressources, comme un gâteau à partager.

• Protéger la nature comme paysage de nos vies, sur un mode patrimonial.

• Vivre avec la nature sur le mode du partage des milieux avec les autres vivants, comme l’ont fait et le défendent les peuples autochtones, par exemple dans les forêts de Guyane.

• Vivre comme les autres vivants, en s’inspirant d’eux (par exemple de leur manière de se soigner avec telle ou telle plante).

Autant de conditions d’une co-construction diplomatique du droit avec des groupes d’intérêts divergents, autant de défis à relever, sur lesquels s’accordent Marine et Mathieu. L’un et l’autre insistent sur l’importance de :

• Mettre un terme aux solutions à court terme et à l’obsession des profits financiers.

• Tisser des liens de confiance avec ceux avec qui nous partageons nos écosystèmes de vie pour construire ensemble des modes de vie soutenables.

Nos intervenant(e)s, avec leur conviction et leur engagement inventif n’excluant pas le doute, ont capté l’attention du public. Leur confiance dans le pouvoir de défendre collectivement des droits pour le vivant à échelle locale est communicative. L’après-midi « dans les nuages » s’est conclu par une séance de signatures de leurs livres et par le partage chaleureux avec eux d’une galette des rois.

Odile et François Dupont.

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