Commande artistique en contexte de changement climatique, adressée à la Société des Nouveaux commanditaires par un groupe d’habitants de Puisaye
CAHIER DES CHARGES
COMMANDITAIRES :

Daniel Delautre, conseiller municipal
François Dupont, psychologue
Odile Dupont, professeure de philosophie
Roland Eve, biologiste, ornithologue, initiateur du Plan de Paysage pour la Puisaye
Pascale Grosjean,1ère adjointe et vice-présidente de la CC de Puisaye-Forterre
Virginie Guillemard, professeure de yoga.
Didier Jouanneau, libraire à Saint-Amand-en-Puisaye
Céline Lepage, bibliothécaire
Dominique Lion, potier
Jean Maréchal, 2ème adjoint, en charge des travaux communaux
Yannis Mercier, directeur des relations humaines
Clément Novaro, architecte
Gilles Reverdy, maire de Saint-Amand-en-Puisaye
Gaël Richard, architecte paysagiste
Martine Rouillard, potière
Gabriel Soucas, photograveur
Danny Tossé, président de l’association Respire
- Tous habitants de Saint-Amand ou de Puisaye
- Originaires ou non de la Puisaye, avec nos histoires particulières, nos manières d’habiter ici et nos regards sur notre région et notre rivière commune
- Avec, en partage, une grande préoccupation écologique et le désir d’agir collectivement pour faire apprécier notre paysage dessiné par l’eau et pour protéger sa biodiversité fragilisée par le changement climatique.
- Ralliés à l’idée qu’une intervention artistique discrète dans ce paysage pourrait contribuer à sa mise en valeur et à sa protection.
CONTEXTE DE LA COMMANDE
Son initiative a été prise à la suite du 1erFestival de la Pluie qui a eu lieu les 22 et 23 juillet 2023 à Saint-Amand-en-Puisaye.
Quelques habitants de Puisaye se sont groupés pour donner naissance à ce Festival, à partir de l’initiative de Didier Jouanneau, libraire à Saint-Amand. Au programme : expositions artistiques et pédagogiques, musiques, littérature, et tables rondes sur les effets du changement climatique pour notre milieu de vie et nos manières de l’habiter.
Sans attendre le prochain Festival de la Pluie (19 et 20 juillet 2025), l’intérêt suscité par la 1ère édition a donné l’élan du lancement d’Ateliers de la Pluie. L’Association Respire qui gère aussi l’épicerie biologique et locale L’Amarante soutient ces Ateliers. Leur vocation : aller des inquiétudes suscitées par les effets du changement climatique vers un engagement collectif pour mieux connaître et faire connaître, habiter et apprécier notre paysage de vie.
Plusieurs ateliers ont vu le jour depuis le mois de février 2024 : sur l’eau d’ici et la biodiversité, sur les abeilles et l’apiculture, sur la forêt. L’atelier « Nouveaux commanditaires » prend forme…
NOTRE PAYSAGE DE VIE

Le bassin de la Vrille, en Puisaye, petite bio-région de la Bourgogne du Nord-Ouest. La Vrille y serpente, alimentée par de nombreux ruisseaux, de moulin en moulin, depuis sa source à la limite de la Forterre, jusqu’à sa confluence avec la Loire.
Région d’eau, de bois, de prairies, région d’argile et d’ocres, de tradition potière et d’art céramique.
La Vrille traverse le village (« Petite ville de demain »), longeant le parc du Château Renaissance. Quelques pêcheurs de « La Gaule Poyaudine » y lancent leur ligne. Quelques riverains s’inquiètent des risques d’inondations accentués par le changement du climat, même ici. Saint-Amand, dit « Capitale de la poterie », avec son centre de formation aux métiers de la poterie (le CNIFOP), éveille son attention à sa rivière, au charme de ses berges, fragiles comme les arbres qui y plongent leurs racines.
QUELLE ATTENTE VIS-A-VIS DE L’ART DANS CE CONTEXTE ?

Des artistes avaient été invités à participer au Festival de la Pluie 2023 pour éveiller les sensibilités aux délices de la pluie comme à ses désastres : expositions chez des habitants et dans le château, citations de poèmes et de chansons partout dans le village, concerts, etc. Que reste-t-il de cet éveil, passé le moment des déambulations des festivaliers ?
Nous avons décidé d’aller plus loin : commander une réalisation artistique qui, durablement, sensibiliserait habitants et visiteurs à la richesse, à la fragilité de notre milieu vital, dans le bassin de la Vrille, pour susciter, en particulier auprès des enfants et des collégiens, le désir de mieux le connaître, et de lui apporter les soins qu’il requiert.
DESCRIPTION DE LA COMMANDE
Avec quelques tâtonnements dans l’élaboration du projet, l’idée d’un cheminement aller-retour depuis la Vrille au cœur de Saint-Amand, jusqu’à la ligne de partage des eaux entre le bassin versant de la Loire et celui de la Seine a obtenu l’assentiment de tous. Nous avons essayé des chemins pour repérer le parcours le plus propice à la découverte du paysage avec ses marques de la présence de l’eau. Un circuit possible se dessine, carte IGN et tracé de la ligne de partage des eaux à l’appui.
Deux installations artistiques sobres, en lien avec le paysage de l’eau, pourraient marquer le point bas du circuit et son point haut.
Nous souhaiterions qu’une de ces interventions artistiques marque le point de départ de ce circuit, à 3 pas du château, à 2 pas de l’Office de Tourisme (installé dans l’ancien lavoir au bord du bief d’un moulin, propriété privée), en lisière du petit espace de jeux installé par la municipalité pour les enfants
Un ancien puits condamné pourrait en effet, ici, servir de source à un jeu d’eau (entièrement recyclable) qui animerait er rafraîchirait cet espace. Renouant avec les usages anciens de l’eau, il pourrait contribuer à initier les enfants à la force motrice de l’eau et aux techniques hydrauliques. Une installation artistique en matériaux locaux ne pourrait-elle ici trouver sa place et son sens ?
Quant à la seconde intervention artistique au point haut du circuit, au plus près de la ligne de partage des eaux, en lisière des bois, son implantation précise est encore à définir. Elle pourrait être associée à une invitation à la lecture du paysage sculpté dans l’argile par la descente des eaux vers la Vrille. Un dispositif de récupération et de filtration de l’eau de pluie pourrait avoir ici sa place, désaltérant et rafraîchissant les marcheurs avant la descente vers la Vrille et le village.
Nous avons conscience de l’importance de prévoir des réalisations solides, non vulnérables aux intempéries et aux usages qui pourraient en être faits.
OBJECTIFS ET ENJEUX DE LA COMMANDE
Les circuits de randonnée existent déjà autour de Saint-Amand. Celui que nous avons repéré emprunterait des chemins et sentiers partiellement balisés. Il pourrait avoir des variantes, plus ou moins longues (environ 15 km dans sa variante la plus longue). Il permettrait, entre autres intérêts paysagers, de faire découvrir en chemin une source, des lavoirs, des mares, un château d’eau, un poste de pompage au bord de la Vrille mais aussi des traces de ferriers en lisière de bois, des trognes le long des chemins creux, de la boue argileuse dans les ornières creusées par l’exploitation forestière, etc.
Nous n’attendons pas des installations artistiques commandées qu’elles constituent seules l’attrait du circuit mais qu’elles servent la découverte de la richesse fragile du paysage sculpté par l’eau vive dans le bassin de la Vrille.
Plus que des panneaux instructifs jalonnant le parcours, vite abîmés par les intempéries, des cheminements accompagnés auraient une fonction éducative.
- Ils guideraient la lecture du paysage, de son histoire naturelle et culturelle, alimentant la compréhension de sa vulnérabilité face au changement du climat et en particulier du régime des pluies.
- Ils initieraient aussi au sens de l’intervention artistique actuelle, dans ce contexte de commande par un groupe de citoyens. Le rôle du CLEA (Contrat local d’éducation artistique) serait, de ce point de vue, très important pour assurer un lien entre éducation à l’écologie et éducation artistique. La coopération avec le CLEA contribuerait à sensibiliser les équipes enseignantes de l’école primaire et du collège à l’intérêt de ce parcours associant art et découverte du pays d’ici.
Rédigé le 6 juin 2024